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Le trail de Sens vécu et raconté par Serge

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Récit de Serge qui a couru le 90 km du Trail de Sens.


The Trail de Sens 90km – 2017 : Mon récit

Dimanche 14/5 4h

Je retire mes chaussettes dans les vestiaires avant la douche et je constate avec soulagement que mes orteils, écrabouillés au cours des descentes abruptes et qui m'ont bien fait souffrir, ont résisté.Petit flash-back:

Samedi 13/5 15h02

Les coureurs du 40, du 60, du 90 et du 110km s'élancent au pied de la magnifique cathédrale de Sens. Le chrono sera déclenché au passage du pont sur l'Yonne.

C'est parti pour une nouvelle aventure avec une grosse incertitude au sujet de la météo (orages possibles) et l'état du parcours (sec, boueux, très boueux et glissant ?).
En plus de l'eau et du matériel obligatoire habituel dont deux frontales, j'ai prévu gore-tex, gants, bonnet, manchons, un tee-shirt thermique et quantité de nourriture, le tout pesant son poids (heureusement je m'était entraîné avec !).

L'ambiance est très bonne avec un soleil radieux depuis la fin de matinée et une température qui monte en flèche. Les coteaux de l'Yonne ont de belles couleurs et les longs singles en balcon sont vraiment agréables pour courir.
Je surveille ma vitesse car le groupe est parti très vite sous l'impulsion des coureurs du 40km. Je lève un peu le pied et laisse filer du monde. Mon objectif premier est d'arriver au bout de ce long chemin, lucide et sans blessure.

Le parcours se poursuit avec beaucoup de plaisir jusqu'au 1er ravito à Marsangy (km15) puis le second à Rousson (km27). Là, en quittant la zone, je fais du Sergio, je pars tout droit en oubliant qu'il fallait revenir sur ses pas et tourner à gauche.
Je m'aperçois de mon erreur au bout de cent mètres alors que deux bénévoles aussi distraits que moi m'ont laissé partir dans la mauvaise direction. Le fléchage est dans l'ensemble clair mais je me dis qu'il va falloir rester très concentré pour la suite !

Nous arrivons à Villeneuve s/Yonne où nous repassons sur la rive droite de la rivière. Le décor est médiéval et pittoresque et le temps toujours beau mais avec un vent assez fort. Puis une longue montée de 3 km et l'on va encore enchaîner des montées et des descentes ponctuées de larges chemins où il est possible de dérouler sans risque.
Désormais nous avons quitté les coureurs du 60km et on se retrouve avec les ultra trailers du 110km que j'admire car, eux, ils vont se payer en plus une énorme boucle au sud que je suis bien content de m'épargner.

Vers le 35ème km, je sens venir un gros coup de mou physique et mental, mais avec ma petite expérience des courses longues, je bois, prends une compote et fais le gros dos en attendant que cela reparte.
J'en profite pour tailler la discute avec un coureur parisien en difficulté qui semble beaucoup souffrir. Pour ma part, nous ne sommes qu'au tiers de la course et des douleurs surviennent qu'il va falloir gérer, le dos, les genoux, les pieds et le ventre, c'est un vrai catalogue !

Du 40ème km jusqu'au troisième ravito à Passy (km52) je sens que la machine se remet en route et les douleurs deviennent plus supportables. La confiance revient et je profite du soleil couchant qui s'éternise et offre de belles vues sur le paysage de champs et de forêts. Je remets la gomme dès que le terrain le permet (larges chemins et petites portions de route).

Cette fois, je n'y coupe pas, il va falloir allumer ma frontale, il est 21h30 et l'on n'y voit plus guère. Là, je réalise que la nuit commence et la solitude avec, car je vais faire de nombreux kilomètres au milieu des bois avec pour seule compagnie les animaux que j'entends parfois (non, non, c'est pas encore des hallucinations !) et loin de toute habitation.

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Nous repassons sur l'autre rive de l'Yonne et je vois autour de moi que cette longue boucle sur la rive droite a marqué les organismes. Je laisse deux coureurs du 110km, que j'ai trouvé sur les derniers kilomètres, partir pour leur longue chevauchée et entame ma remontée vers Sens.

Après un dizaine de kilomètres dans la forêt j'arrive au 4ème ravito à Chaumot (km67). Hyper concentré sur le fléchage, je n'ai pas trouvé le temps trop long.
Entre-temps la batterie de ma 1ère frontale s'est presque vidée et n'éclaire que 20 petits lumens. C'est peu pour courir mais je veux économiser la seconde frontale le plus possible. Les bénévoles sont adorables et je fais une fois de plus honneur à leur soupe et aux quartiers d'orange.
Les ravitos de nuit ont lieu dans des bâtiments et j'y vois de plus en plus de coureurs assis qui paraissent assez abîmés et tentent de récupérer comme ils peuvent.

C'est maintenant un autre type de terrain qui se présente : des chemins interminables non fauchés avec des herbes hautes mouillées par la rosée. Mes pieds sont trempés. Ces herbes cachent des trous et des bosses qui font mal aux genoux et au dos. Je choisis donc de marcher en pestant car je me sens bien et voudrais aller plus vite.

Je réalise en prenant un virage qu'un coureur que j'avais dépassé me suit à une certaine distance. J'aperçois de temps à autre la lueur de sa frontale. C'est idiot les
résolutions que l'on prend parfois mais je me dis : «non, tu ne vas pas te laisser reprendre par ce type ! » (Je le remercierai plus tard).
Nous sommes à présent dans des vignes. Je donne le maximum dans les côtes en poussant fort sur les bâtons et cours aussi vite que possible le reste du temps.

Je sens que je le tiens à distance mais que je ne dois rien lâcher car le gars est coriace et nous arrivons ainsi au 5ème Ravito à Collemiers (km81). Là re-soupe et re-quartier d'orange, on ne change pas une équipe gagnante. Mon suiveur arrive, un grand gaillard qui a l'air quand même bien fatigué et va s'asseoir quand je reste debout. Je le jauge discrètement et je pense qu'il est cramé.

Cette fois, ça sent bon l'écurie, plus que 8km avant d'entrer dans les faubourgs de Sens. Je donne tout ce qu'il me reste sur les petites routes désertes, à fond tout le temps ! Dans les deux derniers kilomètres, l'organisation nous a réservé une petite surprise sympa : une montée de 90m et un passage très raide avec une corde suivi d'une traversée sur le ballast d'une ancienne voie ferrée.

La descente vers la route est tout aussi raide et je prends de la vitesse. A ma grande surprise, j'aperçois en bas deux coureurs tout aussi étonnés de me voir. Je ne pensais pas gratter deux places si près du but ! Pas de sentiment, je ne leur laisse pas le temps de réaliser et pars vers le stade comme un sprinter. Le bitume défile sous la pluie qui commence à tomber et je me sens bien, je vais boucler mon premier 90km.

Dans l'euphorie, je ne vois pas arriver le grand type que j'avais laissé mal en point au ravito... il m'a bien berné car il envoie comme un malade et je n'arrive pas à le remonter. L'arche de la délivrance se dessine enfin, c'est fini !!! YES !!!!!!

Le speaker annonce nos noms, temps et classement : j'apprends que je suis 16ème au général et 3ème V2 en 12h28mn36s. C'est inespéré pour moi au vu du niveau des autres concurrents mais il semble qu'il y ait eu beaucoup de casse sur cette course, même le vainqueur de 2016 a abandonné.

J'apprends aussi que j'ai chipé la place sur le podium V2 à un des deux coureurs que j'ai doublé juste avant l'arrivée. Il n'est pas rancunier car il est arrivé une minute après moi et on prend le temps de discuter.

On me remet la médaille avec des encouragements chaleureux qui me font du bien. La décompression est difficile, je sens l'hypothermie arriver, je tremble et, me souvenant des bons conseils de Fred, j'enfile un tee-shirt sec et je m'allonge par terre les pieds en l'air.

C'est fini, il est temps de revenir à la vie « normale » après une douche qui est un vrai moment de bien-être total.

Merci aux valeureux lecteurs (trices) qui ont lu mon récit jusqu'au bout, c'est long, mais quand on raconte un ultra, c'est normal.

Si le récit vous a plu, rendez-vous en septembre pour le prochain si la chance et l'inspiration sont au rendez-vous. Bizatous Sergio

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Les foulées dans ...

11.03.2018 9:45 106 Jours

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